Voyage au cœur de la terre : nos sols en danger

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Sous nos pieds se cache une incroyable réserve de biodiversité. Une faune encore méconnue, gravement menacée et pourtant si essentielle pour la survie de notre planète.

Comment tout cela fonctionne ?

Les feuilles de nos arbres, lorsqu’elles tombent, se décomposent sur le sol sous l’action combinée de la faune épigée (vers de terre, collemboles, acariens), des bactéries et champignons. Le système racinaire des arbres attaque quant à lui la roche mère et forme l’argile. Humus et argile se rencontrent lorsque les vers de terre endogés remontent des profondeurs du sol pour venir se nourrir de l’humus en surface tout en vidant leurs intestins d’argile. Le sol est ainsi formé (on parle de complexe argilo humique), il faut plusieurs centaines voire milliers d’années pour en créer quelques centimètres.

Une dégradation rapide depuis 50 ans

Le sol nous nourrit (il contribue directement ou indirectement à 95% de la production alimentaire mondiale), retient et filtre notre eau, stocke le carbone et l’azote de l’atmosphère, nous procure des plantes et du bois, des médicaments… et pourtant nous le snobons, pour ne pas dire nous le martyrisons depuis de nombreuses années, sous les effets dévastateurs de l’agriculture intensive. Le labour le laisse sans protection, la matière organique s’érode et s’évapore sous forme de Co 2 (réaction de fenton). L’épandage massif de pesticides le pollue et le minéralise et l’urbanisation galopante accélère, quant à elle, la perte de biodiversité. Tout cela contribue au réchauffement climatique et crée des risques d’inondations.

Bilan, selon l’INRAE, 80% de nos vers de terre ont disparu. Chaque année 24 milliards de tonnes de terres fertiles sont emportées par les vents et les pluies dans le monde (pour compenser on déboise !). En France nous perdons l’équivalent d’un département en surface de sol tous les 10 ans.

Que peut-on faire ?

Commençons par mieux connaître et protéger le monde d’en bas. D’accord, nos vers de terre, champignons et bactéries ne sont pas aussi mignons qu’un panda ou aussi majestueux qu’un tigre du Bengale mais ils sont tout aussi précieux. D’ailleurs, Darwin s’y était intéressé en publiant un ouvrage qui décrivait leurs rôles essentiels. L’agronome et écrivain Christophe Gatineau milite d’ailleurs pour que cet animal soit (enfin !) reconnu et protégé par la loi.

Plus pratiquement, aidons nos agriculteurs (et ceux du monde entier) à sortir de ce modèle agricole productiviste qui ne leur permet pas de vivre dignement, impacte négativement leur santé et notre biodiversité. Des techniques simples et vertueuses existent : l’agroforesterie, l’agriculture de conservation (réduction du travail au sol, couverture et allongement des rotations), l’utilisation de semis direct qui consiste à déposer des semences dans un sol non travaillé, ou encore l’apport de carbone en surface avec du paillis ou du compost. Cette dernière technique peut d’ailleurs être expérimentée par chacun d’entre nous. Outre l’intérêt de nourrir nos sols, le compost permet de réduire nos déchets et parfois même de créer du lien social.

Les solutions sont connues, il est plus que jamais nécessaire d’agir pour protéger ce patrimoine vivant au cœur des enjeux de notre humanité.

Sources :

l’histoire du sol par Julie Delpy
Conférence « Aménager la terre pour qu’elle donne le meilleur » de Lydia et Claude Bourguignon Athénée Théâtre Louis-Jouvet – 2018